Qui est le Hollandais Volant ?

mise en scène Fabrice GUERIN

Selon une légende maritime du XVII ème siècle, Le Hollandais Volant est un navire marchand, commandé par le capitaine Hendrick Van Der Decken. Alors qu’il s’apprête à passer le cap de Bonne Espérance, il est pris dans une violente tempête. L’équipage supplie le capitaine de faire demi-tour pour chercher un abri prés des côtes, mais ce dernier refuse et s’entête. Il va jusqu’à déclarer qu’il naviguera jusqu’au jugement dernier mais qu’il passera le cap. Pour prix de ce blasphème il est condamné, par Dieu ou Diable à errer sur les mers sans jamais trouver de port où accoster et ce jusqu’à la fin des temps.
Le romantisme allemand, dans les années 1820 reprendra cette légende en y ajoutant le développement suivant :
le capitaine est condamné à errer pour l’éternité mais il peut revenir tous les 7 ans sur terre, une journée durant. Il sera délivré de sa malédiction s’il trouve une femme qui l’aime jusqu’à sa mort. C’est ainsi que Heinrich Heine décrit cette histoire que Richard Wagner reprendra dans son opéra « Le Vaisseau Fantôme », œuvre par laquelle cette légende est aujourd’hui la plus connue.

Résumé du projet par Fabrice Guérin

Notre réécriture de cette légende reprend l’histoire du marin qui transgresse un principe supérieur et se trouve de ce fait, maudit. Pour lui donner un éclairage plus contemporain, nous avons abandonné l’idée que c’est Dieu qu’offense le capitaine Hendrick Van Der Decken au profit d’une offense faite à la Nature. Ainsi, le marin décrit par Heinrich Heine brutalise un principe divin et c’est par son âme qu’il est tourmenté. Dans notre version de « La Légende du Hollandais Volant », c’est un principe naturel qui est transgressé et c’est par son corps que le capitaine est tourmenté en retour.

Nous avons donc mis en scène un capitaine Hendrick Van Der Decken condamné à errer sans trêve sur les mers jusqu'à ce qu’il trouve la seule personne au monde qui puisse lui venir en aide. Pour cela, il est autorisé à venir sur terre une journée tous les sept ans, sachant que, à chacun de ses retours à terre, il est transformé, membre après membre, en homme de bois. « La Légende du Hollandais Volant » conte donc la quête de ce marin cherchant, à chacun de ses retours sur terre, une personne qui puisse lui venir en aide. C’est un chemin difficile.

Intentions de mise en scène

Le traitement visuel (et sonore) du spectacle ne doit pas être considéré ici comme un emballage destiné à souligner les moments forts du scénario, mais comme une écriture à part entière. « La Légende du Hollandais Volant » appartient à la famille des spectacles de marionnettes et de formes animées. Il fait intervenir : un comédien (le Capitaine Hendrick Van Der Decken), des hybrides entre comédien et marionnettes, agglomérat entre une tête de comédien, ses authentiques mains et un corps de marionnette d’une cinquantaine de centimètres ( toutes les personnes à qui le Capitaine essaie de demander de l’aide), une marionnette, et une multitude d’objets animés. S’agissant d’un spectacle où le surnaturel et l’onirisme ont une grande part à jouer, nous avons également tenté de développer un travail de machinerie propre à créer des effets visuels tels que la suspension sous l’eau ou la navigation par grande tempête du capitaine..

A travers l’utilisation de tous ces éléments, par l’histoire et l’invention visuelle qui s’y développe, c’est une réflexion sur le corps que nous proposons. Qu’est-ce qu’avoir un corps ? Avons-nous un corps ou sommes nous un corps ? Depuis le capitaine dont les membres se transforment en bois, en passant par les personnages qu’il rencontre, sorte de nains burlesques ( dont un médecin obèse qui lui fait un cours d’anatomie et un magicien qui se coupe en deux avec une scie), jusqu’aux rêves qu’il fait pendant ses errances et où ses membres prennent vis à vis de lui une sorte d’autonomie grotesque, pieds et mains se transformant en pieds-poissons et poissons-mains et s’éloignant pour vivre leur vie, c’est une mise en tension constante entre le vivant et le non-vivant que développe ce spectacle. En cela, l’utilisation du théâtre noir nous est une aide précieuse : par tous les trucages et l’illusion de réalité qu’il autorise, il nous permet, entre ce qui vit et ce qui ne vit pas, de créer la plus grande confusion possible.

Un dernier mot sur le ton général du spectacle. S’il oscille entre burlesque et tragique, entre humour et drame, c’est qu’il nous semble que, puisque c’est de la vie qu’elle essaie de parler « La Légende du Hollandais Volant » devait tenter de traduire, à sa manière, cette caractéristique qu’a la vie d’être parfois dure, parfois drôle, parfois dure et drôle, et de rappeler que notre destin consiste à se frayer un chemin entre l’un et l’autre.

Contact : Michèle MAXIMIN - Association Vitamine - Théatre Ovipare - Route de Bel Air - 81500 LAVAUR
contact@theatre-ovipare.com


Réalisation R. ROBIN